"Si éminente dans la dispensation de la vérité, la perfection sacerdotale de l’évêque ne l’est pas moins dans la dispensation de la grâce. Non seulement il a le seul droit ordinaire de confimer, c’est à dire de faire passer ceux que le prêtre baptise de l’enfance à la virilité chrétienne ; de conférer la plénitude de grâce qui convient à l’âge parfait, et s’ajoute à la plénitude initiale du sacrement par lequel nous avons été engendrés surnaturellement ; de choisir et d’armer pour le combat les recrues de la milice du Christ ; mais son pouvoir générateur lui met en main toutes les grâces, et, en quelque sorte, tout le corps mystique de Jésus-Christ.
Aucun mystère n’y serait plus célébré, et la vie divine s’y épuiserait, si la fécondité de l'Evêque, subitement tarie, cessait de produire des ministres et des prêtres. Vous avez admiré, Messieurs, la mystérieuse et profonde puissance du sacerdoce sur le corps du Christ et sur les âmes ; n'oubliez pas que c’est l’évêque qui la donne. Si, par impossible, tout l’épiscopat disparaissait ou se refusait à ouvrir ses flancs paternels, quel désastre ! Il n’y aurait bientôt plus de sacrifice sur les autels, plus d’hôte dans les tabernacles, plus d’aliment divin pour les âmes, plus de pardon pour les pécheurs, plus de consolation pour les mourants ; le peuple chrétien se lamenterait autour de temples déserts, et finirait par disparaître lui-même. On a vu, hélas ! de ces catastrophes dans les pays où la persécution a abattu toutes les têtes de la hiérarchie ; et, si le paganisme n’y a pas repris son empire absolu, ce qui reste du corps mystique de Jésus-Christ n’est plus qu'une ruine. Laissez faire le temps et l'on pourra dire un jour : “Les ruines elles-mêmes ne sont plus : Etiam periere ruinæ !”
Jacques-Marie-Louis Monsabré (L’exposition du dogme catholique, carême 1886, p. 195-196).




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