Avancées pour la Corse à Bruxelles
Nicolas Sarkozy et les élus corses, à l'exception des nationalistes, se sont déclarés satisfaits, mardi à Bruxelles, des demandes acceptées par le président de la Commission européenne, Romani Prodi, en faveur du développement économique de la Corse. La délégation française a obtenu le maintien de la fiscalité actuelle du tabac en Corse jusqu'en 2008, le passage de 10 à 20 % du crédit d'impôt pour investissement avec élargissement de l'assiette, et la prorogation sur quatre ans, de façon dégressive, de l'exonération de l'imposition des bénéfices en zone franche.
En revanche, la Commission refuse d'augmenter le plafond des aides à l'investissement pour les PME (actuellement fixé à 30 % du montant), a indiqué le ministre de l'intérieur, qui avait reconnu, le matin, devant des journalistes que cette mesure pourrait constituer un "point de blocage". Il s'est félicité que la "porte reste ouverte" et a annoncé qu'il ferait "des propositions à la Commission dans les trois mois." Il s'agira de "faire preuve de créativité, en examinant notamment quels éléments entrent ou au contraire ne doivent pas entrer à l'intérieur de ce plafond", a-t-il dit.
En matière de transports publics, si la France a obtenu que la durée des concessions pour les liaisons aériennes passe de trois à cinq ans, elle va continuer à discuter avec la Commission pour celle des liaisons maritimes. Concernant la pêche corse, si l'aide européenne aux PME de ce secteur est augmentée de 10 points, les décisions relatives à l'augmentation de puissance des moteurs se prendront seulement "au cas par cas".
"PREMIER PAS IMPORTANT"
Pour Nicolas Sarkozy, "beaucoup de problèmes (sont) résolus", après cette réunion, même si "le travail continue", comme l'a relevé Emile Zuccarelli, député et maire (PRG) de Bastia. Les nationalistes ont cependant apporté une note discordante. Pour leur chef de file et président de la commission européenne à l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, il ne s'agit que d'un "début de discussion (avec) des réponses très insuffisantes". Ces mesures "ne sont pas susceptibles de sortir la Corse de l'ornière", a-t-il déploré.
"Tous les problèmes n'ont pas été résolus", a estimé Nicolas Sarkozy lors du point de presse qui a conclu plus de deux heures de réunion, mais celle-ci a constitué un "premier pas extrêmement important". Ce "pas", a renchéri le président Prodi, a permis de prendre des "décisions concrètes pour diminuer le retard de développement de l'île". "Le développement de la Corse va se jouer en Corse. Notre rôle, vis-à-vis de l'Etat français comme de l'Union européenne, est de lui en donner toute la possibilité", a affirmé M. Sarkozy. Il s'est réjoui qu'un "ministre de la République et les élus corses" se soient trouvés ensemble, à Bruxelles, pour discuter "de l'avenir de l'île", propos repris par le président UMP de l'Assemblée de Corse, José Rossi, qui s'est dit "très heureux qu'une volonté collective ait pu se constituer" à l'occasion de ce déplacement.
L'Union européenne "a consenti à pérenniser un certain nombre d'avantages", a relevé le président UMP de l'exécutif corse, Jean Baggione. Nicolas Sarkozy a promis de se rendre en Corse d'ici à "la fin janvier" pour son "quatrième voyage dans l'île en huit mois".
Confronté à la persistance des attentats, M. Sarkozy a invité les Corses à assurer le décollage économique de l'île, susceptible à ses yeux de freiner "cette violence qui a toujours tiré la Corse vers le bas". Engagés sous le précédent gouvernement dans le processus de Matignon, une grande partie des élus corses considèrent qu'une série de dérogations aux aides communautaires permettrait de compenser les handicaps de l'insularité sur le plan économique. Dans le train qui l'emmenait mardi matin de Paris à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a insisté sur le "symbole fort" que représentait ce voyage. "Je veux montrer que les Corses peuvent se prendre en main avec mon aide, ce ne sera pas la victoire d'un homme providentiel", a-t-il dit aux journalistes.
En s'impliquant directement sur la question fiscale de la Corse, le ministre de l'intérieur semble vouloir donner une nouvelle impulsion au dossier, l'un des rares de son ministère à donner l'impression d'avancer à pas comptés. Dès son arrivée place Beauvau, Nicolas Sarkozy avait proposé aux élus de reprendre la plupart des acquis du processus de Matignon mais dans le cadre de la future loi de décentralisation, qui s'appliquera à l'ensemble du territoire. Ce statut permettrait à l'île de bénéficier d'une plus grande autonomie tout en restant ancrée dans la République. Toutefois, la large majorité qui s'était dégagée lors du début du processus de Matignon, sous le gouvernement Jospin, bute sur de nouveaux clivages, les conseils généraux refusant de s'effacer au profit de la seule collectivité territoriale corse.
Lors d'un séminaire prévu les 17 et 18 janvier à Ajaccio, le président de l'Assemblée de Corse, José Rossi, présentera un compromis consistant à compléter la collectivité unique par deux assemblées de proximité, c'est-à-dire les anciens conseils généraux. A partir de là, si cette proposition est majoritaire, le gouvernement peut soit décider d'accélérer le processus en reprenant cette proposition, soit demander aux électeurs de trancher en organisant un référendum local, comme le prévoit la réforme de la décentralisation, a expliqué José Rossi. Nicolas Sarkozy a laissé entendre mardi qu'il prendrait ses responsabilités à plus ou moins brève échéance. "Le premier problème de la Corse, c'est la division. (...) Mon idée, c'est que le temps travaille plutôt contre nous, donner du temps au temps ne fait qu'exacerber les divisions", a-t-il souligné.
Avec AFP et Reuters
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