Corse : malgré la trêve, les attentats continuent
Ajaccio : Dominique Costa
[25 décembre 2004]
Les attentats se multiplient, les groupes clandestins, également : en Corse, les années se suivent et se ressemblent. La trêve décrétée en novembre 2003 par le FLNC-Union des combattants – le principal bras armé des indépendantiste prétendait ainsi «créer les conditions de l'union» des nationalistes aux territoriales de mars dernier – n'a pas fait exception à la règle. Cette «suspension des actions politico-militaires», la douzième consentie par les clandestins en vingt ans, a connu le même sort que les précédentes : elle a régulièrement été bafouée au nom de la lutte contre «la répression de l'Etat», la «colonisation de peuplement» ou pour commémorer un quelconque anniversaire.
Ni rompue ni «remise en cause», a réaffirmé le FLNC-UC dans un communiqué diffusé début décembre, elle a notamment vu la gendarmerie de Pietrosella, celle où a été dérobée l'arme qui a servi à assassiner le préfet Erignac, mitraillée pour «célébrer» le premier anniversaire de l'interpellation, le 4 juillet 2003, de son meurtrier présumé, Yvan Colonna. Emaillée d'attentats tout au long de l'année 2004, appelée à l'être encore par des «actions mesurées et quantifiées», a averti le mouvement, cette trêve, loin de ramener un semblant de calme, a sans nul doute incité les cagoulés les plus radicaux à se structurer au sein de nouvelles organisations, telles l'Armata di u populu corsu. L'APC s'est manifestée pour la première fois fin mai, en tirant une roquette contre la gendarmerie de Cauro.
Depuis, elle ne cesse de multiplier les attentats et les menaces envers les élus locaux. C'est là une donnée relativement nouvelle : jusque-là visés de façon très sporadique, ces derniers sont devenus des cibles en puissance. La demeure familiale d'Emile Zuccarelli, le député-maire PRG de Bastia, la maison de la soeur du député PRG et président du conseil général de Haute-Corse, Paul Giacobbi, le siège de l'entreprise de BTP appartenant à la famille du sénateur UMP Paul Natali, ou encore la mairie de Calvi, fief du président UMP du conseil exécutif de Corse, Ange Santini... Qualifiés de «relais de l'occupant français» aux ordres de Paris, les édiles corses sont désormais dans le collimateur de l'APC, mais également de la plupart des groupes armés.
Apparemment balkanisée – car il faut encore compter avec les Forces armées révolutionnaires corses, Ghjustizia corsa (Justice corse) ou le FLNC du «22 octobre» –, la clandestinité a choisi, à la quasi-unanimité, la classe politique traditionnelle comme bouc émissaire. Dans un contexte propice à toutes les dérives, la position actuelle du FLNC-UC apparaît de plus en plus difficile à tenir. Pourra-t-il longtemps encore ménager la chèvre et le chou, garder la main en matière de lutte armée sans compromettre définitivement la fragile alliance des nationalistes ?
Pas aux yeux du Parti de la nation corse. Opposé à la «violence politique», il est l'un des piliers de cette union qui, pour l'heure, ne s'est traduite dans les faits que par un groupe commun de huit élus à l'Assemblée de Corse. Réagissant au dernier communiqué du FLNC-UC, le PNC a mis en garde ses partenaires indépendantistes, Corsica Nazione et Indipendenza, contre les risques d'un «éclatement» de l'union. Ces derniers préfèrent rester sourds à ces avertissements et rejeter comme de coutume sur les élus et l'Etat la responsabilité de la situation confuse qui règne sur l'île. Les premiers, avec en tête la majorité qui s'est imposée à la collectivité territoriale, sont accusés de «ne pas gérer la Corse». Le second, de s'en «désintéresser totalement». «Les choses ne peuvent pas rester en l'état», prévenait récemment Jean-Guy Talamoni. «Inquiet», le leader indépendantiste estime que «tout est à craindre». En Corse, l'année 2005 ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices.




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