L'occitan est langue constitutionnelle espagnole
Montpelhier, Tuesday, 29 November 2005 by Estève Cròs
Le Parlement catalan a approuvé, il y a peu, un nouveau statut qui ouvre des perspectives très intéressantes pour la langue occitane. La France, loin de s'ouvrir à la diversité culturelle et linguistique à l'intérieur de ses frontières, continue à ne pas vouloir donner une reconnaissance officielle aux langues historiques de son territoire et les minorise chaque jour un peu plus.
Huit mille personnes vivent au Val d’Aran, petite vallée occitane des Pyrénées, que l'histoire aura rattachée à la couronne d'Aragon et puis à l'État espagnol, à travers le gouvernement autonome de la Généralité de Catalogne. Récemment, le projet de nouveau statut de la Catalogne a donné une reconnaissance pleine de l’occitan. Non seulement comme langue et officielle du Val d’Aran, (ce qui était déjà le cas depuis 1990 grâce à une loi du Parlement catalan), mais aussi comme langue officielle pour l'ensemble de la Catalogne, soit 6 millions de personnes.
Le nouveau statut de Catalogne n'est pas encore approuvé par Madrid, mais personne ne semble remettre en cause le fait que l'occitan devienne une langue constitutionnelle espagnole. L'occitan devrait donc rapidement rejoindre les trois autres langues autonomiques constitutionnelles: le catalan, le basque et le galicien. Cette reconnaissance lui ouvrira très prochainement les portes de l'Europe...
De l’autre côté de la frontière administrative,15 millions de personnes vivent dans la « Grande Occitanie », c’est-à-dire celle qui dépend administrativement de l'État français. Loin de cette situation, l'occitan et les autres langues historiques du territoire français pâtissent d'un manque de reconnaissance. Aucune loi à ce jour ne cite l'occitan. La Constitution stipule que la seule langue de la République est le français. Les blocages administratifs sont nombreux pour empêcher la langue d'exister et d'être vue (SNCF, La Poste, Éducation Nationale, justice...)
Les responsables politiques, quand ils sont interrogés sur la question des langues dites « régionales », semblent considérer que quelques heures d'enseignement par semaine dispensées dans des conditions difficiles suffisent... et certains défenseurs des langues dénoncent une politique de ghettoïsation des langues par la France.
Nous avons interrogé sur ce thème David Grosclaude, le président de l'Institut d'Estudis Occitans.
Eurolang. - Quel sentiment crée pour vous cette différence de traitement d'une même langue ?
David Grosclaude. - Cela ne fait que confirmer ce que nous avons tout le temps dit. À savoir qu'il y a un archaïsme de l'État français qui n'a pas encore compris que ce que devait être l'Europe. Il s'y parlait de l'unité dans la diversité. Mais chez nous cela ne fonctionne pas, mais ça fonctionne dans l'État espagnol. Confirme aussi la stratégie de l'État français que nous avons vu à l'oeuvre au moment de la convention sur la diversité culturelle de l'UNESCO, qui dit dehors quelque chose qu'il ne fait pas dedans. L'exemple vient d’ailleurs, d'autres États. Nous avons le sentiment que les choses avanceront en France par force. Nous avons également l'impression qu'en France les choses avancent uniquement par crises violentes, et jamais par discussion. Nous espérons une réponse du président de la République sur ce que nous avons revendiqué a Carcassona. Je ne suis pas sûr d'avoir une réponse. J'espère que oui. Nous lui avions déjà écrit il y a quelques mois, et nous n'avions eu aucune réponse. Il y a donc un sentiment de mépris de notre situation de la part de l'État français et finalement se les occitans de l'État espagnol obtiennent quelque chose tant mieux.
Eurolang. - Les occitans devraient être plus 'violents' pour être entendus? C'est comme ça que fonctionne la politique française?
David Grosclaude. - J'en suis à me demander si ces gens-ci ne sont pas sur le point d'encourager les comportements violents. Je ne suis pas violent de nature et je refuse toute forme de violence. Je ne me rends compte que d'une seule chose. En France, vous êtes écoutés quand vous posez des bombes, quand vous incendiez des voitures etc. Je pense que c'est démocratiquement irresponsable.
Eurolang. - Quel regard portez-vous sur l'entrée de l'occitan et des autres langues constitutionnelles espagnoles dans les Institutions européennes.
David Grosclaude. - Je dirai simplement que je regrette que Pasqual Maragall, [le président du gouvernement catalan NDLR], n'ait pas parlé également en occitan. Je lui ai écrit pour lui dire que comme président de l'IEO, je considérais à partir de maintenant que le président de la Généralité de Catalogne était une personnalité politique responsable aussi de l'avenir de la langue occitane. J'espère qu'il y aura, la prochaine fois, de la part des catalans, une prise en compte complète de leurs responsabilités envers la langue occitane. Évidemment ils n'en sont pas les seuls responsables, mais ce sont eux qui font le plus pour elle actuellement. J'espère qu'ils sauront dire également aux responsables politiques français qu'eux aussi doivent partager cette responsabilité. Nous attendons un soutien des catalans, des basques et des galiciens et que cela pourra faire avancer les choses à l'Union européenne.
Eurolang. - Que pensez-vous justement de la politique de l'Union dans le domaine des langues et cultures?
David Grosclaude. - Je pense qu'il n'y a pas volonté d'aller dans les affaires intérieures des États. Pour le moment ce n'est qu'une union des États. Je voudrais que l'Union est de plus grandes capacités d'ingérence. J'ai quelques espérances au niveau du Parlement européen et des députés à ce niveau. Ce qui prouve que la théorie française sur la diversité culturelle, qui réserve aux États le droit de s'occuper de culture et de langues est en train de fonctionner. Finalement il y a quelques États qui sont contents de cette théorie. Mais elle est très dangereuse. Ceci veut dire que l'État français s'est réservé le droit de ne pas appliquer les principes européens sur son territoire. Il s'est réservé cette « chasse » de la culture, ce territoire de la culture. Et je pense que la France continuera à appliquer à cette politique de génocide culturel qu'elle a toujours menée. Elle veut en tout cas avoir les arguments juridiques et l'assentiment de la communauté internationale pour continuer cela. (Eurolang © 2005)




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