En 2012, Paris sera à moins
de six heures de Barcelone

Keren Lentschner
23/11/2007 | Mise à jour : 21:06 | Commentaires 4 .

Hier, les ministres francais et espagnol du Développement durable, Jean-Louis Borloo (à droite) et Magdalena Alvarez Arza (au centre), ont assisté à l’achèvement du percement du tunnel du Perthus. Crédits photo : AFP
La ligne à grande vitesse Perpignan-Figueras représente un investissement de plus d’un milliard d’euros.
Les derniers blocs de granit qui séparaient la France et l’Espagne viennent de tomber. Au rythme de 5 centimètres par minute, le tunnelier baptisé Tramontane est venu à bout de la roche. Il tire maintenant sa révérence, après deux ans de travail. L’énorme machine de 150 mètres de long et 9,96 mètres de diamètre vient de donner son dernier tour de roue sous les Pyrénées. D’une longueur de 8,2 km, le tunnel du Perthus est enfin une réalité. En 2012, grâce à ce tunnel, Perpignan sera à 50 minutes de Barcelone, Montpellier à 2 heures 10, Lyon à 3 heures 45 et Paris à 5 heures 30.

Jean-Louis Borloo, ministre du Développement durable a fait hier le déplacement au Perthus avec son homologue espagnole Magdalena Alvarez Arza. «C’est une très belle journée pour l’Espagne et pour la France, s’est-il exclamé. C’est génial de réunir les deux cultures  ! Vive la Catalogne !» Il a aussi remercié «du fond du cœur» les ouvriers du chantier. Car cela n’a pas été simple pour eux. «C’était la partie critique », explique Jean-François Roverato, président du conseil d’administration d’Eiffage, troisième groupe français de BTP. En 2004, il a remporté le chantier de la ligne à grande vitesse (LGV) Perpignan-Figueras en 2004, face à ses deux grands concurrents, Bouygues et Vinci.

Les failles dans la roche, sur plus d’un kilomètre, ont rendu la traversée complexe. Sans parler de la construction de dix viaducs, d’une vingtaine de ponts routiers et ferroviaires, de soixante et un ouvrages hydrauliques qui ont ponctué la construction de la LGV. Sans oublier un saut-de-mouton indispensable pour inverser le sens de circulation des trains : à droite en Espagne, à gauche en France. Il restera encore à assurer la continuité de la LGV de part et d’autre de la future ligne Perpignan-Figueras. La LGV Barcelone-Figueras sera mise en service en 2012. Le contournement de Nîmes et de Montpellier n’a toujours pas de plan de financement. Enfin, le projet de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan en est au stade des pré-études.


Partenariat public-privé

Pour la construction de cette ligne à grande vitesse, Eiffage s’est associé au numéro un espagnol de BTP, ACS Dragados. Les deux entreprises réunies au sein du groupement TP Ferreo, se connaissent depuis longtemps. L’espagnol a été actionnaire de la SAE, l’ancêtre d’Eiffage.

Au total, près d’un millier de personnes ont été mobilisé. Des moyens humains à la hauteur des enjeux. La LGV Perpignan-Figueras est l’un des principaux chantiers de travaux publics en France. Surtout, il s’agit de la première concession ferroviaire à l’échelle européenne, réalisée en partenariat public-privé. Le coût du chantier le rend également exceptionnel. L’investissement dépasse 1,1 milliard d’euros. La moitié a été financée par des subventions à parité françaises et espagnoles. Les deux entreprises concessionnaires ont investi 110 millions d’euros. Enfin, l’Union européenne a apporté le solde dans le cadre de son grand programme de réseau transeuropéen de transport (lire ci-dessous). Chargés de la conception, de la construction et de l’exploitation, Sagrados et Eiffage ont également dû gérer les acquisitions foncières. La LGV Perpignan-Figueras sera aussi la première sur laquelle circuleront à la fois des trains de voyageurs et de fret. A l’ouverture de la ligne en février 2009, 34 trains de voyageurs et 24 convois de fret circuleront chaque jour.