Patrimoine, emploi, endettement : trois faiblesses de l'économie aux États-Unis
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- Par Pierre-Yves Dugua
- Publié le 01/05/2014 à 18
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Malgré l'accident du premier trimestre, les économistes restent confiants sur la reprise aux États-Unis.
Pourtant, des tendances inquiétantes révèlent que l'économie américaine n'a pas retrouvé toutes ses couleurs d'avant la crise de 2008-2009. Le point sur trois faiblesses qui fragilisent la croissance.
● Le patrimoine des ménages inférieur à l'avant-crise
Le moral des Américains est effrité en avril mais reste proche de son plus haut niveau depuis six ans. Pour autant, de nombreux indices montrent que les États-Unis sont loin d'avoir retrouvé le niveau d'aisance des périodes précédentes de croissance. Une étude de la Fed de St Louis vient de conclure que la récession, censée être terminée depuis l'été 2009, reste la situation de fait de 75 % des Américains.
Cette analyse de la situation des consommateurs porte non pas sur leurs revenus, mais sur leur patrimoine. Elle révèle que, si l'on tient compte de l'inflation, 86 % de la richesse qui est revenue depuis la fin de la crise correspond au rebond des marchés d'actions. Seulement 12 % provient du redressement du marché immobilier. Or la grande majorité des Américains détient l'essentiel de son patrimoine dans son logement.
En outre plus les ménages sont jeunes, moins les valeurs mobilières pèsent dans leur patrimoine. Les foyers à la tête desquels se trouve une personne de 40 ans ou moins continuent ainsi de voir leur patrimoine dévalorisé de 30 % par rapport à 2007. Voilà qui explique en partie le malaise paradoxal qui frappe les Américains, en dépit d'indicateurs de croissance, du chômage et de la consommation qui rendent jaloux les Européens.
● Des créations d'emplois peu qualifiés, à bas salaires
Si les créations d'emplois prospèrent depuis la sortie de crise, la qualité des postes créés est loin d'atteindre celle des emplois éliminés par la «grande récession». Le National Employment Law Project explique que des secteurs pratiquant des salaires élevés, comme les professions de juristes ou de comptables, ont dans un premier temps éliminé 3,6 millions d'emplois avec la crise. Depuis ces mêmes secteurs n'en ont recréé que 2,6 millions. À l'inverse, après avoir supprimé 2 millions de postes, les secteurs à bas salaires ont embauché 3,8 millions de personnes. Les gains net d'emplois se sont donc produits dans les métiers les moins rémunérateurs pour le moment. Pour le foyer moyen, le pouvoir d'achat a donc bel et bien reculé de 8 % depuis 2007.
● Le préoccupant surendettement des jeunes
Le surendettement d'une catégorie de jeunes Américains est une autre caractéristique de cette drôle de sortie de crise. Ce phénomène nouveau est devenu suffisamment répandu pour handicaper la croissance. Depuis plus de trois ans, toutes les grandes catégories de risques de crédit s'améliorent, sauf une. Alors que les foyers américains sont de moins en moins submergés par leurs échéances mensuelles de crédit immobilier, de crédit automobile ou de crédit personnel, les jeunes diplômés, eux, croulent sous les dettes.
Près de 15 % des étudiants qui ont emprunté auprès de l'Oncle Sam pour financer leurs études universitaires tombent en défaut de paiement au cours des trois premières années d'entrée dans leur phase de remboursement. La proportion n'était que de 13,4 % en 2012. La situation alarme laRéserve fédérale. «Nous observons avec les prêts aux étudiants ce que nous avions observé dans la crise de l'immobilier» à partir de 2007, explique Jeffrey Lacker, président de la Fed de Richmond (Virginie).
La difficulté des jeunes diplômés à trouver un emploi assez rémunéré est la principale cause de cette tendance. Selon une étude de janvier, près de la moitié des jeunes sortant de l'université ont fini par accepter des emplois qui ne nécessitaient pas de diplôme. Cette statistique est éloquente: en 1970 seulement 1 % des chauffeurs de taxi aux États-Unis avait acquis l'équivalent d'une licence (bachelor of arts). Aujourd'hui cette proportion est de 15 %.
L'autre cause est le recours plus systématique qu'auparavant à l'endettement pour payer ses études. Cette pratique est en grande partie la conséquence de l'envolée des frais de scolarité. En dix ans le prix médian d'une année d'étude dans une université privée est passé de 18.000 à 30.000 dollars. Dans le même temps, la proportion d'Américains de moins de 25 ans qui commence dans la vie avec des dettes est passée de 25 à 43 %.
On comprend mieux pourquoi les jeunes achètent moins de voitures et de logements que la génération précédente, et, comme leurs contemporains européens, sont contraints de vivre plus longtemps chez leurs parents.
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