La Corse est secouée par une vague de violences racistes
La série d'attentats, d'agressions et d'intimidations contre des personnes issues de l'immigration maghrébine va en s'aggravant dans l'île depuis plus de deux ans. Les associations antiracistes, elles-mêmes menacées, appelaient samedi à une manifestation de protestation à Corte.
Ajaccio et Bastia de notre envoyée spéciale
Pour la troisième fois dans son histoire récente, la Corse est secouée par une vague d'attentats, de tentatives d'intimidations et de menaces racistes. Après l'assassinat de deux Tunisiens, en 1986, revendiqué par le FLNC au nom de la lutte contre le trafic de drogue, puis une vague de départs de l'île, après la guerre du Golfe, au début des années 1990, la population immigrée de Corse - un habitant sur dix, pour la moitié d'origine maghrébine - vit à nouveau dans l'inquiétude.
56 actions violentes contre des personnes issues de la communauté maghrébine ont été recensées depuis le 1er septembre 2003, contre 21 en 1994 ou 14 en 2000.
La vague de violences récentes a pris de telles proportions que, lorsque, vendredi 17 septembre, sur le cours Napoléon, artère principale d'Ajaccio, le pompiste-gérant de la station Esso, d'origine marocaine, a été exécuté en plein jour de quatre balles de 11-43 dans le corps et d'une autre sous le menton par deux hommes à moto et casqués, les organisations antiracistes ont tout de suite craint la provocation, à la veille du rassemblement organisé, samedi 18 septembre, à l'université de Corte, après les menaces proférées à leur encontre par un petit groupe clandestin, Clandestini corsi (Le Monde du 10 septembre). Samedi matin, la police ne privilégiait pas cette hypothèse, bien que la victime n'ait jamais fait l'objet de condamnations judiciaires. Le climat était encore alourdi, samedi, par la découverte d'une tentative d'attentat contre une voiture du consulat du Maroc, à Bastia.
Les premiers incidents de cette nouvelle vague datent de décembre 2002. Après l'agression de deux jeunes insulaires à Bastia, où la population immigrée s'est historiquement installée autour de la rue Droite, au cœur de la ville - tandis qu'à Ajaccio elle se retrouve dans les quartiers populaires de la périphérie -, l'atmosphère devient délétère. Un communiqué de Corsica nazione - le groupe des élus nationalistes de l'Assemblée de Corse, autour de Jean-Guy Talamoni - estime que "des lieux historiques de vie et d'échanges sont livrés à des bandes organisées". Le spectre des bagarres des grandes banlieues de l'Hexagone est agité.
Dans une société méditerranéenne marquée par la violence, les incidents prennent en réalité un tour bien plus particulier. Un premier groupe clandestin, A Ghjuventu corsa (Jeunesse corse), fait circuler une liste nominative de supposés "délinquants" - tous d'origine maghrébine. Un autre groupuscule clandestin, Resistenza corsa, revendique un attentat commis quatre jours après Noël dans la rue Droite, en raison de "la forte présence étrangère". Ces dissidents rejoignent l'été suivant le FLNC-Union des Combattants sans qu'aucun responsable de sa vitrine légale, Indipendenza, ne trouve à redire.
Il y a quelques jours, Clandestini corsi - quatre ou cinq personnes originaires de Biguglia et de Bastia, selon la police - s'est félicité de l'attentat perpétré contre la villa d'un entrepreneur algérien, le 3 septembre. Ce sont toutefois les menaces proférées contre l'association antiraciste Ava Basta et, pour la première fois, la Ligue des droits de l'homme, qui justifient le rassemblement organisé samedi à Corte - et auquel toutes les formations politiques ont décidé de participer ou d'apporter leur soutien, à l'exception de la CGT, qui ne souhaite pas cohabiter avec les nationalistes. Mais, en réalité, c'est tous les jours que la communauté essentiellement marocaine qui vit en Corse se heurte à des vexations, et, pour certains, vit dans la peur, tandis que l'ignorance alimente les fantasmes. "Tous les chiffres sont bons à prendre", se désole l'une des bénévoles ajacciennes d'Ava Basta, citant le tag "80 000 immigrés" qui orne la route de l'entrée d'Ajaccio.
fonte: Le Monde : http://www.lemonde.fr/web/article/0,...-379555,0.html




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