"...Quand je vous dirai que nous recevons nos instructions directement des plus hautes sphères, vous comprendrez que nous désirions garder le plus strict secret... ». Quelles étaient donc ces instructions et ces communications mystérieuses, dont les moyens n'étaient probablement pas très différents de ceux qui sont en usage chez les spirites ordinaires, et quelle était la mission que M. de Pomar prétendait avoir reçue ? Dans une lettre datée du 2 février 1892, et dont nous avons l'original entre les mains, elle disait à ce sujet : «... Le culte que je professe pour Marie Stuart s'applique moins aux souvenirs de sa personnalité terrestre qu'à son individualité céleste l, toujours vivante, et qui depuis plus de trente ans m'a donné de nombreuses preuves de sa présence spirituel (sic) auprès de mol. Cet être déjà si grand, si noble sur la terre, a continué à se développer selon la loi éternelle de la vie de l'Esprit, et aujourd'hui arrivée à posséder la vérité qui affranchit, elle a dépassé de beaucoup ses convictions religieuses d'autrefois2. Sa mission est de donner aujourd'hui au monde, et spécialement à la France, les Vérités du Jour Nouveau qui doivent amener l'évolution de la race dans le sens d'une spiritualité plus haute, et j'ai eu le privilège d'être choisie par elle comme intermédiaire terrestre pour travailler à son ouvre.'» Et plus loin, elle ajoutait encore que a cette Reine est aujourd'hui un Ange des plus hautes sphères célestes », sphères qu'elle appelait ailleurs le « Cercle du Christ » et le « Cercle de l'Etoile ».

Ce « Jour Nouveau » dont la duchesse de Pomar était ainsi chargée d'annoncer et de préparer la venue, c'était une nouvelle révélation, une ère qui devait succéder au Christianisme comme le Christianisme lui-même a succédé à l'ancienne

l. Le « mot » * personnalité » et « individualité » sont pris» ici dans leur sens théosophiste, où le rapport est exactement l'inverse de celui qu'ils doivent avoir normalement.

2. Que devient donc ici le Catholicisme ?

Loi; c'était, en un mot, la «venue du Saint-Esprit», conçu gnostiquement comme le « divin féminin » 1. C'était encore « la manifestation des fils et des filles de Dieu, non pas en tant qu'un être unique, mais comme plusieurs : cette race plus parfaite humanisera la terre, que nous savons avoir déjà passé par les périodes du développement minéral, végétal et animal, et nous voyons que cette dernière étape de développement est maintenant près de se compléter » ; et la duchesse va jusqu'à cette précision : « Nous pouvons dire véritablement que l'ancien monde a fini en 1881 et que le Seigneur a créé de nouveau un nouveau ciel et une terre nouvelle et que nous allons entrer dans la nouvelle année de Notre-Dame, 1882 » 2. Ces citations sont prises dans une cu- rieuse brochure, remplie de calculs kabbalistiques, qui porte seulement comme titre les deux dates 1881-1882, et à la fin de laquelle on lit ceci: « Tandis que j'écris ces lignes, les heures de 1881, la dernière année de l'Ancienne Révélation, marchent rapidement vers la fin, et la première heure de l'Epouse céleste approche » 3. Il est permis de trouver que l'idée d'un Messie collectif, telle qu'elle est exprimée ici, a quelque chose d'assez bizarre ; elle n'est pourtant pas entièrement nouvelle, et nous signalerons sous ce rapport qu'on rencontre dans le Judaïsme des conceptions qui tendent à identifier le Messie avec le peuple d'Israël lui-même. Quoi qu'il en soit, c'est précisément le Messianisme, sous une forme ou sous une autre, qui semble donner la clef de cette « communauté de but » qu'affirmait M. de Pomar à l'égard de la Société Théosophique, comme c'est aussi un Messianisme plus ou moins avoué qui est à la racine de bien d'autres mouvements « néo-spiritualistes ».

1. Voir Le Secret du Nouveau Testament pp.496-505 : « Communications d'en haut, reçue .dans le Sanctuaire de la Reine, à Holyrood », et signée « un
envoyé de la Reine Marie ».

2. 1881-1882, pp. 49-50.

3. Ibid. p. 85.