Le Monde intervista Josep Lluis Carod-Rovira, segretario generale di Esquerra Republicana de Catalunya.


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"Au nom de quoi nous, Catalans, n'aurions-nous pas droit à un Etat ?"

LE MONDE | 02.11.05 | 13h57 ? Mis à jour le 02.11.05 | 14h0


Que signifie ce nouveau projet de statut pour la Catalogne ?
Pour nous, ce texte est l'expression démocratique de l'unité nationale de la Catalogne. Tous les partis politiques catalans de tradition démocratique, qui viennent de la lutte antifranquiste, se sont impliqués dans le nouveau statut. Seul le Parti populaire, qui ne vient pas exactement de la lutte antifranquiste, est contre. C'est la première victoire. La seconde est que, pour la première fois à l'époque contemporaine, un texte juridique reconnaît l'existence d'une "nation" catalane.

Comment allez-vous convaincre les représentants des autres régions espagnoles d'accepter ce statut qui attribue aux Catalans la pleine gestion de leurs ressources fiscales ?
La Catalogne a besoin de l'approbation du statut, mais l'Espagne tout autant. Les Espagnols ont refusé le projet de statut présenté par le président basque, Juan José Ibarretxe, au motif qu'il n'avait le soutien "que" de 51 % des députés basques. Va-t-on refuser notre projet qui a été adopté par 90 % des députes catalans ? Et, dans ce cas, à quoi l'Espagne dira-t-elle "oui" ? Si notre projet est repoussé, la crédibilité du projet politique de José Luis Rodriguez Zapatero sera remise en cause. Qu'est ce que "l'Espagne plurielle" si elle n'accepte rien ? En outre, je crois que l'adoption d'un nouveau statut pour la Catalogne sera un facteur important pour résoudre le problème basque. Or je crois qu'aujourd'hui, les conditions sont réunies pour résorber la violence dans les deux prochaines années au Pays basque, si on a la volonté de le faire. Je crois que M. Zapatero a cette volonté, et qu'elle est partagée du côté basque.

Croyez-vous M. Zapatero en mesure d'obtenir un accord au Congrès ?
Nous, en Catalogne, nous n'avons pas de problème national. Notre problème, c'est que nous n'ayons pas d'Etat. A l'inverse, l'Espagne a un problème d'identification nationale. Si la Catalogne est une nation, alors, c'est quoi l'Espagne ? Elle veut être toujours la même chose, centraliste, carrée, fermée, insensible à la diversité. Ça c'est le passé. La vision libérale, moderne, c'est la diversité. M. Zapatero est le premier président d'un gouvernement espagnol qui ne soit pas nationaliste. Mais dans son parti, on trouve des gens qui pensent comme le Parti populaire.

En quoi consiste la revendication catalane aujourd'hui ?
La revendication catalane n'est pas nationaliste, elle est nationale. C'est très différent. Le nationalisme, c'est souvent l'affirmation d'une certaine supériorité d'un peuple sur les autres. En Catalogne, nous avons une conception républicaine de la nationalité, pas romantique mais civile. Etre catalan, ce n'est pas un héritage, c'est un choix. C'est l'expression démocratique d'une volonté personnelle. C'est plus une identification qu'une identité. On peut être né en Andalousie, en Argentine ou au Maroc et se sentir Catalan parce qu'on a trouvé en Catalogne une qualité, une dignité de vie, une possibilité de réussir du point de vue personnel.

Vous êtes indépendantiste. En quoi l'indépendance est-elle une condition nécessaire pour accomplir cette "catalanité" ?
En ce moment, notre combat se limite à obtenir plus d'autonomie politique et économique. Nous venons à Madrid dire que nous voulons vivre dans la même maison durant ces prochaines années, mais avec des conditions différentes. La dernière station de notre route, pour nous, à Esquerra republicana, ce sera la normalité politique. Et la normalité politique, aujourd'hui, c'est un Etat, un Etat-nation. Mais ça, c'est pour plus tard ! Aujourd'hui, nous parlons d'autonomie, qui est la seule position qui fasse l'objet d'un consensus.

N'est-ce pas finalement anachronique de revendiquer un Etat-nation au moment où l'on constate son affaiblissement ?
Ça, c'est le discours habituel de ceux qui ont un Etat ! De même que lorsque quelqu'un vous dit qu'aujourd'hui, il n'y a plus de différence entre la gauche et la droite, vous pouvez être sûr que c'est quelqu'un de droite qui parle. Je croirai à l'affaiblissement de l'Etat le jour où je verrai un Etat renoncer à être un Etat. Un Etat, ça sert à deux choses : assurer une qualité de vie digne à sa population et une continuité de l'expression nationale de la culture.
Sur les 25 Etats membres de l'Union européenne, 10 sont plus petits que la Catalogne ; une demi-douzaine sont des Etats depuis une quinzaine d'années. Au nom de quoi nous, Catalans, n'aurions-nous pas droit à un Etat ?

Propos recueillis par Cécile Chambraud


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