Une rose arbitre du duel droite-gauche
Les élections de dimanche et lundi en Italie devraient être extrêmement serrées • Le score de la Rose au poing, une petite formation laïque autrefois alliée à Berlsuconi, pourrait donner la victoire à la gauche •
par Marc SEMO
LIBERATION.FR : samedi 08 avril 2006 - 228
Rome, envoyé spécial
A tort ou à raison, presque tous les Italiens en sont maintenant convaincus : la victoire pour les élections des 9 et 10 avril se jouera dans un mouchoir de poche. Ces quelques centaines de milliers de voix qui pourraient faire la différence en faveur du centre-gauche de Romano Prodi seront vraisemblablement celles des électeurs de la «Rosa in Pugno» (la Rose au Poing), la petite formation laïque de Marco Pannella et Emma Bonino, les leaders du défunt et très libertaire Parti radical, qui furent dans les années 70 les promoteurs des référendums sur le divorce et l'avortement.
En un de ses très rares moments d'autocritique Silvio Berlusconi avait admis publiquement que «si incroyablement il devait perdre, la faute en serait seulement à eux». Libéraux dans l'âme et grands pourfendeurs des excès des juges, les radicaux étaient il y a cinq ans aux cotés de la Maison des libertés. Cette fois, ils sont avec l'Unione de Romano Prodi. «Berlusconi a peur parce qu'il sait que nous allons recueillir les suffrages de tous ceux qu'il a déçus avec ses promesses non tenues sur la modernisation de l'économie ou sur les droits civils», assure Emma Bonino au quotidien «Repubblica». Dans les sondages, ce mouvement est crédité de 4 à 5 points et il pourrait faire encore plus dans les grandes villes.
La Rose au poing cristallise en effet le grand ras-le-bol contre les ingérences politiques croissantes de l'Eglise aussi bien à droite qu'à gauche. La Rose au Poing a été rejointe par d'anciens communistes comme le célèbre philosophe Biagio de Giovanni ou Lanfranco Turci, ancien président de la région Emilie-Romagne écœurés «par les continuelles concessions au monde catholique» de leur ancien parti comme sur la bioéthique ou le Pacs. Ils veulent être l'aiguillon qui obligera la gauche «à réfléchir sérieusement sur la laïcité et les droits personnels» dans une Italie toujours plus multiculturelle. Ces thèmes sont porteurs.
En témoigne par exemple l'enquête faite par le très décapant quotidien «Il Foglio» de Giuliano Ferrara, ancien porte parole de Berlusconi parmi ses rédacteurs et collaborateurs : un bon tiers d'entre eux vont cette fois voter pour la Rose au poing. Les politologues italiens soulignent que depuis une décennie dans une Italie divisée en deux blocs peu ou prou équivalents les transferts de voix de droite à gauche ou de gauche à droite restent très limités. La victoire s'obtient d'abord en faisant le plein des suffrages de son propre camp. La Rose au poing brouille heureusement les cartes. Emma Bonino n'a qu'un seul regret : «si Romano Prodi et une bonne partie du centre gauche nous avaient donné plus de crédit au lieu de nous considérer longtemps comme une épine dans le pied, ce mouvement de transfert de voix aurait été probablement encore plus fort».




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