Aiguilleurs du Ciel a interrogé Jean-Luc Grillet, DG d’Emirates France-Bénélux, au sujet du développement de sa compagnie en France et de sa future utilisation de l’A380.
Depuis combien de temps votre compagnie est implantée en France ? Quels sont vos objectifs à moyen terme ?
Jean-Luc Grillet : Le premier vol d’Emirates s’est posé à Paris le 2 juillet 1992. En 1994, nous avons ouvert Nice. Depuis la renégociation de l’accord bilatéral entre la France et les Émirats (2001), nous avons pu passer progressivement à 17 vols hebdomadaires (deux par jour au départ de Roissy et trois par semaine de Nice) vers Dubaï. Ces vols jouissent d’un vif succès et nous continuons d’afficher des progressions à deux chiffres.
À moyen terme, nous allons continuer à faire évoluer les capacités sur les vols de Paris avec le passage progressif (au rythme de nos progressions de trafic) en tout B777-300 sur le vol de milieu de journée et le changement futur de l’A330-200 du soir en B777-200.
Quelles relations entretenez-vous avec l’aviation civile française et avec Air France ?
Jean-Luc Grillet : Nos relations avec les autorités de l’aviation civile française sont sereines. Nous sommes très respectueux des règles qui régissent le transport aérien et sommes soucieux tant de la sûreté que de la
sécurité de nos passagers et nos aspirations rejoignent celle de l’aviation civile. Emirates n’est affiliée à aucune alliance et n’a toujours pas l’intention d’en rejoindre une. Cette attitude indépendante a parfois agacé nos principaux compétiteurs. Le climat est plus serein aujourd’hui. Nous avons su démontrer que Dubaï était une vraie destination avec un incroyable potentiel de développement pour tous les acteurs présents sur la destination, le groupe Air France KLM en tête en sa qualité de leader mondial du transport aérien. Sur cette route, les remplissages de nos deux compagnies sont supérieurs à 80 % malgré de formidables hausses de capacités ces trois dernières années. Il reste très certainement encore de la place pour un solide développement
conjoint entre Paris et Dubaï. Emirates a commandé le chiffre record de
quarante-cinq A380. Quels sont pour votre compagnie les avantages de ce nouvel Airbus ?
Jean-Luc Grillet : L’A380 est un avion géant mais dans les versions utilisées par Emirates, il n’offrira que 30 % de capacité de plus qu’un B777-300ER, soit entre 480 et 515 sièges en version trois classes. Il y a déjà dans le ciel français des 747-400 qui vont bien au-delà de ces capacités. L’A380 présente plusieurs avantages imporimportants : par rapport à un B747-400, c’est 45 % de surface au plancher supplémentaire donc un confort accru pour le passager. Aussi, c’est une consommation de carburant inférieure de 20 % par siège/kilomètre transporté, donc un meilleur respect de l’environnement, le tout avec un impact sonore respectant les limitations internationales les plus sévères. Enfin, c’est un avion qui permettra aux compagnies utilisatrices de poursuivre leur développement sur les aéroports limités par les créneaux horaires. Nous allons donc l’utiliser partout où le volume de trafic et les infrastructures aéroportuaires le permettront. D’ores et déjà nous pourrions remplacer nos huit vols quotidiens en B777-300 sur Londres par six A380. Sur Paris, si notre développement se poursuit au rythme actuel, dès l’automne 2008 il deviendra indispensable. Pour Nice, où nous sommes limités dans l’acquisition de nouveaux droits de trafic, il est notre principal espoir de développement. Mais, il sera tout aussi indispensable sur notre
réseau Asie et Océanie. Nous n’avons pas fait un pari risqué en commandant cet avion, nous l’avons juste mis en perspective avec le développement que nous connaissons (qui se situe en moyenne entre 20 et 25 % par an ces cinq dernières années) et nos plans de développement.
Pensez-vous que l’A380 annonce une minirévolution du transport aérien ? Jean-Luc Grillet : Nous sommes tout d’abord persuadés que c’est l’avion que tous les voyageurs voudront prendre, comme le 747 l’a été en son temps. C’est également un avion qui va certainement révolutionner le confort en avion surtout face à une clientèle « nomade » qui recherche de plus en plus des destinations lointaines. C’est un avion qui va permettre de démocratiser encore plus le transport aérien. Il y a vingt ans, un voyage en Australie coûtait pratiquement 15 000 francs en classe économique, aujourd’hui on trouve facilement des billets sur Sydney pour moins de 1000 euros !




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