LE FIGARO
Italie: Berlusconi évite une crise, mais le feu couve dans sa coalition
[vendredi 16 juillet 2004 - 14h14 heure de Paris]
Silvio Berlusconi le 14 juillet
© AFP Andreas Solaro
ROME (AFP) - La rupture est évitée et le risque d'élections anticipées écarté, mais le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi sort très affaibli de l'affrontement avec ses alliés et sa coalition, minée par ses dissensions, peut éclater à tout moment.
"La crise est terminée", a-t-il assuré jeudi soir. L'UDC, le petit parti centriste de la majorité, venait d'annoncer sa décision de rester au gouvernement, confirmée vendredi pendant la réunion de son Conseil national.
Mais rien n'était encore réglé vendredi. L'Italie n'avait toujours pas de ministre de l'Economie et des Finances et le chef des rebelles, le secrétaire général de l'UDC, Marco Follini, se montrait rétif à entrer dans le gouvernement, comme le lui demandent ses partenaires de la coalition.
Sa décision était attendue dans la journée, à l'issue du Conseil national de son parti.
Le chef du gouvernement "lui a fait beaucoup de propositions, à l'exception des ministères qui comptent : Affaires étrangères, Intérieur, Economie et Défense", a confié sous le couvert de l'anonymat un dirigeant du parti centriste cité vendredi matin par toute la presse.
La crise a éclaté le 3 juillet avec le limogeage du ministre de l'Economie et des Finances Giulio Tremonti, fidèle de Silvio Berlusconi et très proche du patron de la Ligue du Nord Umberto Bossi. Ce dernier, hospitalisé depuis le 11 mars à la suite d'un grave accident cardiaque, n'a pu s'opposer à cette décision.
Son départ a été exigé sous la menace par Gianfranco Fini, le chef de l'Alliance nationale. Vice-Premier ministre, il réclamait depuis longtemps des responsabilités accrues en matière économique, ce que lui refusait Giulio Tremonti.
Marco Follini a pris le relais dans l'affrontement avec Silvio Berlusconi. Il l'a publiquement accusé de dérive autocratique et a exigé la nomination rapide d'un nouveau ministre de l'Economie, sous peine de retirer l'UDC du gouvernement.
Très affaibli par le maigre score de son parti Forza Italia aux élections européennes, Silvio Berlusconi lui a donné des assurances en ce sens, écartant la menace d'une rupture et d'élections anticipées.
Gianfranco Fini s'est pour sa part dit prêt à prendre le super-ministère couvrant l'Economie, les Finances, le Trésor, le Budget, l'Aide au Mezzogiorno et la tutelle sur la RAI, le service public audiovisuel.
Mais il a fait dépendre son accord de l'entrée de Marco Follini au gouvernement.
La fin de cette crise ne règle rien. "Il est inutile de le nier, les rapports entre les alliés se sont détériorés", a reconnu Marco Follini.
L'épreuve de "la verifica", la mise au point permanente, va se poursuivre. "Pour nous, elle ne sera terminée qu'après l'approbation du texte sur la réforme fédéraliste approuvé par la coalition", a averti le numéro deux de la Ligue du Nord, le sénateur Roberto Calderoli.
Or, l'UDC n'accepte pas le texte actuel. En signe d'apaisement, le parti centriste a retiré 14 de ses 24 amendements, "mais il n'est pas question de revenir sur les dix restants", ont averti ses dirigeants.
Pour le politologue Giovanni Sartori, "le Berlusconisme est fini".
"Il suffit de le regarder. Berlusconi n'a plus son visage radieux, son sourire de vainqueur".
L'opposition est convaincue d'une fin proche, avant les législatives de mai 2006.
"Le centre-gauche doit se préparer dès à présent", a déclaré l'un de ses chefs de file, le président sortant de la Commission européenne Romano Prodi.
"Il doit avoir un programme, savoir parler aux gens, les écouter, parce que le pays est en grandes difficultés", a-t-il ajouté.
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