"La prière" du pape "mieux qu'une excuse", pour les théologiens turcs
AFP 01.12.06 | 10h44
"La prière" de Benoît XVI jeudi dans la Mosquée Bleue, "est encore plus significative qu'une excuse" pour ses propos associant l'islam et violence, a affirmé le mufti d'Istanbul, qui était à ses côtés au moment de ce geste exceptionnel, cité vendredi par le journal Sabah.
Mais il a également laissé entendre que le geste du pape était prémédité, expliquant vendredi à la chaîne d'informations NTV qu'il avait parlé de l'invitation de se recueillir avec les responsables du protocole turc, qui auraient à leur tour consulté les autorités du Vatican.
"C'était quelque chose de très beau, un geste de sa part. Avec sa posture, il a donné un message aux musulmans", a déclaré à Sabah le mufti Mustafa Cagrici, qui est également professeur de théologie.
"C'était une attitude encore plus significative qu'une excuse" moins de trois mois après la violente polémique déclenchée par ses propos sur l'islam, a-t-il déclaré de ce geste, qui fait vendredi la Une de la presse turque.
Le pape s'est recueilli en direction de La Mecque lors de sa visite de la Mosquée Bleue à Istanbul.
Après lui avoir expliqué comment les musulmans se recueillent devant le mihrab (niche de prière), le mufti a commencé à prier.
Les mains croisées sur le ventre, le chef de l'Eglise catholique s'est alors recueilli pendant quelques minutes en silence, une "prière intime" selon le Vatican.
"Il a fait preuve d'une grande courtoisie en ne faisant pas le signe de la croix à la fin de la prière et en croisant les mains sur le ventre comme le font les musulmans pendant la prière. Je remercie notre invité", a encore dit le mufti à NTV.
Cette visite a fait de Benoît XVI le deuxième pape de l'Histoire à entrer dans un lieu de culte musulman, après Jean Paul II qui s'était rendu à la mosquée des Omeyyades à Damas lors d'une visite en Syrie en 2001.
Les théologiens interrogés par la presse turque ont vu dans le geste du pape une volonté de "réparer" ses déclarations de septembre, considérées comme particulièrement offensantes pour les musulmans.
"Le fait qu'il ait prié, même si ce n'est pas une excuse, montre qu'il a des regrets", a estimé le professeur Beyza Bilgin de la faculté de théologie d'Ankara.
"Il a bien compris qu'il avait blessé les musulmans. Il a tenté de réparer", a-t-elle souligné.
"Il savait ce qu'il faisait. Le pape est avant tout un intellectuel et il connaît le rituel des musulmans", a souligné le professeur Saim Yeprem de la faculté de théologie de l'Université de Marmara (Istanbul).
lemonde.fr




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