Rencontre avec l’économiste Kim Sang Ha
« Nous poursuivons la construction d’une économie indépendante »
Kim Sang Ha est docteur en économie. Il travaille à l’institut de l’économie de l’Académie Sociale de Corée. Il a rencontré le groupe de Korea is one le 18 août à Pyonyang.
Propos recueillis par Odette Hardy
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Kim Sang Ha (© Korea is one)
« Dès le début du socialisme, nous avons adhéré à la ligne de l’économie sociale indépendante, qui consiste à ne pas dépendre des forces d’autrui, explique Kim Sang Ha. Cette économie est développée unilatéralement, se basant sur les dernières données de la technique moderne, et les matières premières de la nation. L’orientation a été prise de construire une industrie et ensuite, de développer parallèlement l’industrie civile et militaire. En 1950, nous avons accompli le plan quinquennal de la première session, en 1960, le plan septennal de la première session, avec industrialisation du socialisme. En 1970, nous sommes passé au plan basé sur les trois révolutions techniques : en particulier éliminer la différence entre travail lourd et travail léger, entre travail agricole et industriel, libérer les femmes du travail ménager.
Dans les années 1990, nous sommes passés à la Juchéanisation, qui consiste à réaliser les projets scientifiques, conformément aux idées du Juche. Le plan quinquennal de la troisième session, commencé en 1986, a été arrêté en 1990. En effet, au début de cette année, l’économie connaissait des graves difficultés, car les relations entre les différents secteurs n’étaient pas adaptés à la baisse de production, et le niveau de vie a baissé.
Voici les causes de ces difficultés :
1. d’abord le blocus économique imposé par les Etats-Unis et quelques autres pays. Nous avons toujours connu un embargo économique de la part du Cocom (Comité de Contrôle de l’exportation de la technologie des pays occidentaux).
2. la disparition du marché socialiste avec l’écroulement du socialisme en URSS. Autrefois nous y avions toujours recouru.
3. les calamités naturelles pendant plusieurs années.
En conséquence, notre pays a connu la « dure Marche » dès 1995. Sous la direction de Kim Jong Il, nous avons continué la lutte pour la construction de l’économie indépendante, en la redynamisant. Dès 1998, nous nous sommes dotés de puissantes forces militaires. Dans le passé, la priorité allait à l’industrie lourde, puis elle s’est portée sur « l’industrie militaire » et, enfin, sur l’industrie légère et l’agriculture. Actuellement nous suivons la ligne de Songun, où la priorité est donnée à l’industrie militaire, ensuite à l’industrie légère et l’agriculture.
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Le marché Tongil à Pyongyang.
Nous sommes en train de prendre quelques mesures pour améliorer l’économie. Le premier juillet 2002, nous avons augmenté les salaires et les prix de tous les produits relevant de l’Etat (métro, chemins de fer, services des hôtels, produits agricoles). Nous avons aménagé le budget de l’Etat. Nous avons gardé les méthodes de l’économie planifiée du socialisme, où l’Etat assure une trentaine de formes de dépenses (frais scolaires, soins médicaux, enseignement). Dans le passé, les paysans vendaient déjà leurs produits aux citoyens. Aujourd’hui, nous avons institué des marchés par quartier ou par ville. Ainsi le marché de Tongil à Pyongyang. Beaucoup de monde, mêmes les usines et les entreprises, utilisent ce marché, qui soutient l’économie planifiée du socialisme. »
Une série de questions sont ensuite posées à Kim Sang Ha par les participants.
Comment est alimenté le budget d’Etat ?
Il n’existe pas d’impôt. Toutes les usines et entreprises sont propriété de l’Etat qui touche une partie de la valeur de la production. Chaque entreprise doit verser à l’Etat la part fixée. Le reste va à l’investissement et aux salaires.
Quels sont les domaines où l’autosuffisance est difficile ?
Ces domaines sont ceux pour lesquels nous ne disposons pas des matières premières dans notre pays : pétrole, caoutchouc, coton.
Comment est prévue l’économie de la Corée du Nord en cas de réunification ?
Notre but est d’édifier une économie indépendante. La proposition a été faite de créer une république confédérale du Koryo et de laisser les économies telles qu’elles sont. Il existerait une coopération économique maximum. Actuellement est créée une zone spéciale industrielle à Kaesong entre le Nord et le Sud.
Comment pensez-vous éviter l’exploitation par les capitalistes du Sud ? Comment le Nord socialiste réagira-t-il ? Et au Nord, ne se créerait-il pas une classe nouvelle exploiteuse de directeurs ?
Le problème serait résolu grâce à la notion d’une seule nation unie et homogène. Notre nation a été divisée artificiellement par les Etats-Unis. Il faudra transcender les idéologies. Sur le plan de l’économie, le Nord et le Sud de la Corée ont connu des succès. Nous allons intégrer les aspects positifs des deux économies.
Quel est le rôle de l’inflation et du système monétaire dans un pays socialiste ?
Le fait que nous ayons augmenté les salaires et les prix résulte des difficultés économiques alors connues, ce n’est pas de l’inflation. Auparavant, les marchandises achetées dans les pays socialistes, selon le principe des avantages réciproques (combustibles et matières premières), étaient à bas prix. La disparition du système socialiste nous a obligés à acheter aux capitalistes. L’Etat a acheté à ce marché à haut prix et vendu à bas prix. Les entreprises ne pouvaient dégager de bénéfices. Nous devions augmenter les prix pour assurer la sauvegarde des entreprises.
Comment, dans l’économie planifiée, vérifie-t-on les besoins de la population ?
Dans le pays, il existe un comité de planification nationale. Nous réunissons les différentes estimations et dressons un bilan. Pour répondre aux besoins de la population, le bureau de statistiques de l’Etat classe le tout.
Pouvez-vous comparer la réforme opérée depuis juillet 2002 à ce qui s’est passé en Chine en 1970 ? Pour nous, les touristes, les prix en Corée sont comparables à ceux de l’Europe, mais ils bien moindre en Chine.
Nous sommes partis de nos propres besoins. C’est pourquoi nous ne faisons pas la comparaison avec la Chine.
Comment fonctionne la zone spéciale de Kaesong ?
Nous construisons actuellement la zone spéciale de Kaesong. Les Sud-Coréens y investissent. Nous apprenons leur technologie. Nous fournissons le personnel et les bâtiments. Les capitaux et les matières premières sont fournis par les autres pays. La zone spéciale est gérée en commun par le Nord et le Sud. En avril 2004, nous avons mis sur pied une commission Nord-Sud de l’économie nationale, qui poursuit ses travaux.
Y a-t-il de grandes différences de salaire dans le pays ?
Non, nous avons augmenté le plus les salaires dans les secteurs où le travail est difficile. Ensuite, il y a ceux des scientifiques, des techniciens et des paysans. C’est dans ces trois secteurs que les salaires sont les plus élevés. Puis, ils sont un peu plus faible dans l’industrie légère et dans les services. Les salaires les plus élevés ont été multipliés par 19, par rapport au niveau originel. Pour l’industrie légère, les salaires ont été multipliés par 17 : c’est là la différence entre les salaires. Dans les mines, les houillères et les fours, où le travail est le plus pénible, les salaires sont les plus élevés. Personnellement, je touche 4.000 won, soit 19 fois plus qu’avant. Pour les mineurs, le salaire est passé de 400 won à 10.000 wons par mois, soit une multiplication par 25 (1 euro = 170 won).
Etudiez-vous les économistes classiques, comme Keynes ?
Nous étudions d’abord les idées du Juche de Kim Il Sung et Kim Jong Il. Ensuite nous étudiants les tendances économiques des autres pays. Le jeune diplômé ici à mes côtés étudie dans une section où l’on apprend les théories économistes capitalistes depuis Adam Smith jusqu’à ceux d’aujourd’hui, tout en prêtant attention au développement économique mondial.
Etudiez-vous toujours Marx, Engels et Lénine ?
Evidemment !